X


[ Pobierz całość w formacie PDF ]

man�ge, est celui qui se conna�t le mieux. Je r�ponds qu'au contraire il se
trompe sur lui-m�me. Une passion n'est qu'une erreur continu�e sur soi-m�me,
sur ce que l'on sait, sur ce que l'on croit, sur ce que l'on esp�re, sur ce que l'on
peut. Tolsto� est un des auteurs qui savent nous apprendre ce que c'est que se
retrouver soi-m�me. C'est en se mettant � l'Suvre qu'on d�couvre ce qu'on
veut, ce qu'on aime, ce qu'on sait, et en un mot ce qu'on est. Il n'y a point
d'autre moyen. Il n'y a point d'autre moyen de juger les autres. Par exemple on
dit souvent qu'il faut conna�tre l'enfant si l'on veut l'instruire ; mais je dis, au
contraire, qu'il faut instruire l'enfant si l'on veut le conna�tre. Et quant � cette
sotte ignorance, encore d�form�e par la timidit�, quant � cet �tat mis�rable o�
l'on se trouve quand on r�ve au lieu d'essayer, je n'ai qu'� le faire cesser ; cela
n'est rien ; cela sera profond�ment oubli�. Nous essayons de porter un regard
investigateur sur les aptitudes nues ; de toutes les pens�es c'est la plus vaine.
Apprends la g�om�trie, et je te dirai alors si tu es g�om�tre. Une des fautes les
plus communes est de chercher ce qui pla�t � l'enfant. Apr�s dix ans d'�tude je
saurai ce qui lui pla�t et il saura ce qui lui pla�t. Par le travail il se sera r�v�l� �
lui-m�me. Et dans le fond je crois que tout travail suivi fait para�tre une
aptitude. Mais c'est ce qu'on ne croit point. On esp�re se conna�tre avant le
premier essai. D'o� l'on voit de pauvres gens qui vont de m�tier en m�tier et
Alain (�mile Chartier) (1916), �l�ments de philosophie 257
ne se trouvent dou�s pour aucun. Il est rare qu'on ne se trouve point dou� pour
le m�tier qu'on fait ; en tout cas on n'est vraiment dou� que pour le m�tier
qu'on fait. Esp�rer et croire avant la preuve ; d'esp�rer et de croire faire preu-
ve ; enfin de soi et des autres, par m�thode, penser toujours courage et
puissance, voil� le ressort humain. La connaissance de l'homme va donc du
plus haut au plus bas.
Ainsi la foi est une id�e positive ; et la foi n'est autre chose que l'optimis-
me ; entendons bien l'optimisme voulu, et non l'optimisme de hasard. Les
hommes simples, et qui vivent selon l'imagination, nous donnent ici une le�on
qu'il faut comprendre. Sous mille formes, et sous le nom de religion, nous
voyons que le courage se donne un objet et des preuves. Mais, que ce soit vie
future, avenir de l'esp�ce, r�gne de la raison et de la justice, l'objet n'est jamais
qu'imaginaire, et c'est le courage qui porte tout. Ou bien, pour employer
d'autres mots, disons que la volont� est telle, par sa notion m�me, que c'est
elle-m�me qui se prouve. Il faut croire en soi ; sans ce premier d�part, tout
gratuit, il n'y aurait point d'entreprise au monde ; cela, tous les praticiens le
savent. Mais, en regardant de plus pr�s, on d�couvre que, sans le parti d'oser
au del� des preuves et m�me contre les preuves, il n'y aurait ni pens�e, ni
opinion, ni m�me r�verie ; en sorte que c'est le tissu m�me de la psychologie
qui se d�fait tout, si l'on ne prend point comme r�alit� premi�re et positive un
pouvoir qui ne d�pend que de son propre d�cret. Quand on accumule, comme
on aime � le faire, les difficult�s que soul�ve ce postulat, on a le tort d'oublier
d'autres difficult�s non moins inextricables, qui se pr�sentent et nous pressent
si nous essayons de nier le pouvoir sans mesure. Et, en posant que th�ori-
quement tout est �gal, il reste l'urgence de vouloir qui se propose � tout
homme d�s qu'il veut aider les autres ou s'aider lui-m�me. Tous les biens,
toutes les r�gles, toutes les formules, tout cela est comme mort devant
l'homme qui ne croit plus en lui-m�me. Ainsi le premier conseil, et sans doute
le seul, est d'�veiller en un homme abattu et domin� ce d�part du vouloir.
Telle est la source du bien.
Mais comment �veiller un homme � lui-m�me si on ne croit point en lui ?
Et comment croire en lui si l'on ne croit pas d'abord en soi ? Et j'insiste sur
ceci, que cette foi en la volont� est elle-m�me volontaire. Il serait absurde de
chercher en soi-m�me la volont� sans la volont� de la trouver. Et puisqu'en
tous ces drames il faut donner d'abord, Descartes a tr�s bien nomm� g�n�-
rosit� ce mouvement du libre arbitre, r�duit � lui-m�me et s'appuyant sur soi.
J'ai observ�, en quelques �ducateurs et redresseurs, cette certitude de puissan-
ce, ce geste de d�part et de cr�ation qui recommence � neuf. L'�me n'est
jamais � d�couvrir, ni � d�crire ; elle est toute � faire et � refaire. Certes on
n'est pas ce qu'on veut, mais on n'est quoi que ce soit que si d'abord o� veut.
L'�cart entre l'ambition et le fait sera toujours assez grand ; sans trouver
moins, souvent nous trouvons autre chose ; cette d�formation est la part des
choses ; et nous le saurons assez t�t. La maladie de pr�voir est trop honor�e.
On voit que, sous cet angle, l'�cart entre la th�orie et la pratique se trouve
aboli. Bien mieux, il faut l'abolir, ou, en d'autres termes, il n'y a que le plus
parfait mod�le qui soit pratique. Telle est l'�me des religions.
Je rendrai plus sensibles ces consid�rations par l'exemple du remords et du
repentir. De l'un � l'autre, il n'y a de diff�rence que la foi, c'est-�-dire la
certitude d'une action neuve, imm�diatement possible, et tout � fait lav�e de la
Alain (�mile Chartier) (1916), �l�ments de philosophie 258
faute. Le remords est un �tat plus commun qu'on ne croit ; c'est l'id�e qu'on
n'y pouvait rien et qu'on n'y pourra rien, qu'on est ainsi, que l'on tombera
toujours au m�me passage. Or cette id�e para�trait ridicule au danseur de
corde, au violoniste, � l'orateur. Cette id�e, il ne cesse de la nier. S'il conna�t
quelquefois le d�sespoir, il s'en �chappe, il s'en arrache par le travail. Or,
comme disaient les Sto�ciens, il n'y a pas de petites fautes. Toutes nos fautes
sont pardonn�es et oubli�es, si nous nous relan�ons � vouloir ; toutes sont
irr�parables par l'id�e m�me de l'irr�parable. � vrai dire le damn� est celui qui
ne veut point croire qu'il sera pardonn�. Ainsi, strictement parlant, l'homme
d�sesp�r� se conna�t mal, et, pour mieux dire, ne se conna�t point ; car ce
genre de m�ditation d�fait en descendant, ce que les gestes du d�sespoir
expriment tr�s bien.
Alain (�mile Chartier) (1916), �l�ments de philosophie 259
Livre 6 : Des vertus
Chapitre XII
L art de se gouverner soi-m�me
Retour � la table des mati�res
On comprend peut-�tre maintenant pourquoi j'avais tant de soin de laisser
le physiologique � son rang et dans sa forme de chose, sans le traduire jamais
en pens�e. Supposer une pens�e dans la pierre, dans le vent, dans la vague,
c'est l erreur tr�s ancienne, et qui soumet toute entreprise au pr�sage. C'est la
m�me erreur, et encore plus funeste, si nous supposons une pens�e � chaque
mouvement des autres et � chaque mouvement de nous. Voici un homme qui
fronce le sourcil par l'effet d'un rayon importun. Vais-je penser qu'il me
menace ? Et ce politique, impatient d'�tre trop longtemps debout vais-je le
supposer ennemi et offens� ? Ces commencements de pens�es changent par
des rem�des tr�s simples ; tirez un rideau ; offrez un si�ge. Presque tous les
drame des passions viennent de ce qu'on essaie trop t�t le rem�de sup�rieur.
Comme aux enfants, il est ridicule d'argumenter quand il suffirait de masser, [ Pobierz całość w formacie PDF ]

  • zanotowane.pl
  • doc.pisz.pl
  • pdf.pisz.pl
  • juli.keep.pl
  • Drogi użytkowniku!

    W trosce o komfort korzystania z naszego serwisu chcemy dostarczać Ci coraz lepsze usługi. By móc to robić prosimy, abyś wyraził zgodę na dopasowanie treści marketingowych do Twoich zachowań w serwisie. Zgoda ta pozwoli nam częściowo finansować rozwój świadczonych usług.

    Pamiętaj, że dbamy o Twoją prywatność. Nie zwiększamy zakresu naszych uprawnień bez Twojej zgody. Zadbamy również o bezpieczeństwo Twoich danych. Wyrażoną zgodę możesz cofnąć w każdej chwili.

     Tak, zgadzam się na nadanie mi "cookie" i korzystanie z danych przez Administratora Serwisu i jego partnerów w celu dopasowania treści do moich potrzeb. Przeczytałem(am) Politykę prywatności. Rozumiem ją i akceptuję.

     Tak, zgadzam się na przetwarzanie moich danych osobowych przez Administratora Serwisu i jego partnerów w celu personalizowania wyświetlanych mi reklam i dostosowania do mnie prezentowanych treści marketingowych. Przeczytałem(am) Politykę prywatności. Rozumiem ją i akceptuję.

    Wyrażenie powyższych zgód jest dobrowolne i możesz je w dowolnym momencie wycofać poprzez opcję: "Twoje zgody", dostępnej w prawym, dolnym rogu strony lub poprzez usunięcie "cookies" w swojej przeglądarce dla powyżej strony, z tym, że wycofanie zgody nie będzie miało wpływu na zgodność z prawem przetwarzania na podstawie zgody, przed jej wycofaniem.